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lundi 15 mars 2010

FLORENCE + THE MACHINE ~ La Sala Heineken. Madrid. Espagne.












Opening : SIAN ALICE GROUP



Ce qu’en a pensé Eric :

« Florence et moi, c'est une histoire compliquée. La première fois que je l'ai vue, je l'ai cordialement détestée (avec une petite pointe de mépris pour pimenter le tout), avec ses fringues de bab', sa déjante de junkie illuminée, et ses Kate Busheries vocales. Elle s'est roulée par terre devant nous (Gilles était là aussi...), mais je l'ai ignorée. Elle m'a d'ailleurs ignoré largement aussi, même si nous n'étions séparés que par deux mètres (c'était au Bataclan). Je l'avais effacée de ma "liste" et de ma mémoire, quand me sont parvenues des nouvelles d'elle, et de ses... "Poumons", qu'elle a fort beaux, d'ailleurs. Mon ami Vik me disait du bien d'elle, me soutenait qu'il faudrait que je révise mon jugement trop hâtif, et j'ai commencé à lire le nom de Florence un peu partout. Rien à dire, si ce n'est que j'étais intrigué, et j'ai fini par écouter ce que Florence avait à me dire, avec ces fameux "poumons". Et j'ai bien aimé. Après tout, à mon âge, la vie m'a appris qu'il faut donner une seconde chance aux gens, et surtout aux femmes, non ? J'ai donc pris rendez-vous avec Florence pour ce lundi 15 mars, à Madrid, devant une Heineken. Bien sûr, je n'espérais pas trop que nous serions seuls pour un tête à tête, mais j'ai quand même été choqué de trouver à mon arrivée un groupe conséquent de jeunes Anglaises et de (moins jeunes) Espagnoles lesbiennes (les Espagnoles, pas les Anglaises, a priori) massées devant l'entrée. J'étais un peu crispé pour ce second rendez-vous en public : Florence allait-elle une nouvelle fois me faire son grand numéro et me décevoir ? Auquel cas, ce serait la dernière fois, je me le suis bien juré...

Malgré l'assaut de la gente féminine, j'arrive à me placer, d'extrême justesse, au premier rang des admirateurs (et -trices) de Florence : devrais-je avoir des doutes sur les préférences sexuelles de Florence ? La question mérite en tout cas d'être posée. Bon, Florence a toujours ce goût du kitsch poussiéreux qui cadre mal avec mes propres préférences esthétiques : le fond de la scène est caché par une affreuse draperie, et il règne  sur scène un fouillis indescriptible, qui me fait douter des qualités de femme d'intérieur de Florence...

Mais ce soir, Florence a pris un gros risque, celui de me présenter Sian Alice, et de me laisser 25 minutes avec elle, son groupe (Sian Alice Group) et sa musique. Parce que Sian, dans la droite ligne de nos prêtresses gothiques de toujours, est une belle vierge noire et glacée, à la voix un peu innocente (quand même) et à l'allure aussi rêveuse qu'envoûtante. Et derrière elle, ses amis déroulent un tapis de musique d'abord planante et sensuelle, puis de plus en plus intense, voire furieuse, jusqu'à une envolée finale véritablement prenante. Des chansons curieuses qui n'en sont pas, puisqu'elles n'ont ni réelles mélodies ni refrains, mais qui sont construites comme de lentes progressions continues vers l'hypnose, puis le nirvana, puis l'explosion. A noter aussi un jeu et un son de basse marquants, ce qui n'est pas si courant, et un final presque grandiose... Et voilà comment, en une petite demi-heure de plaisir, j'ai presque oublié mon rendez-vous avec Florence ! Impressionnante ovation du public, méritée à mon avis.

Ensuite, les hommes de Florence dégagent la scène et la réinstallent totalement pour elle, pour ses cinq musiciens, sa harpe, sa batterie et son pied de micro couverts de fleurs artificielles hideuses, et... pour, du moins je ne peux pas m'empêcher d'y songer en frissonnant, sa "machine"...

21h40 : comme toutes les belles femmes, Florence (+ The Machine) se fait attendre, et attaque notre rendez-vous avec quarante minutes de retard, et après que son groupe ait pris possession de la scène dans une ambiance fantastique (semi-obscurité et respiration déchirante sur la sono) : tout de suite, dans un jeu de lumières aussi intimiste que théâtral, Florence me plonge au cœur de "Lungs", avec Howl : grande rousse jouant de sa chevelure de feu, peau blanche et look troublant d'Anglaise vaguement languide, Florence transcende ses origines en se transformant en sorcière virevoltante dans un sabbat imaginaire, comme possédée par sa propre musique, marionnette souvent désarticulée malmenée par le Malin qui tire sans pitié sur ses ficelles. Florence, très vite, hurle à pleins... poumons (pourquoi donc quelqu'un lui a-t-il mis entre les mains un micro ? Elle n'en a nul besoin !). L'évolution de Florence depuis notre première rencontre est impressionnante : finis les délires hippies, voici désormais une harpie vociférante qui se déchaîne, bientôt pieds nus, sa robe transparente dévoilant de belles jambes blanches jusque très haut, entraînant avec elle sans son délire païen le public vite conquis. Oui, vite, très vite, malgré le niveau sonore plus que conséquent, on n'entend plus que les centaines de jeunes filles et de jeunes gens autour de moi qui chantent en chœur l'intégralité des morceaux de l'album : on frôle l'hypnose collective, Florence est-elle la chef d'une secte qui va s'immoler ce soir devant les panneaux publicitaires verts d'une bière de luxe ? Kiss With A Fist... Florence m'avertit qu'elle aime que dans un couple, ça castagne : l'amour, oui, mais vache. Il faut être prêt à tout avec elle !

Mais, mais, entre deux chansons, voilà que la méchante sorcière rouge se métamorphose en fillette timide, toute penaude de mener son public madrilène vers de tels excès : elle minaude, elle rougit, Florence, quand le démon de la machine la quitte, serait-elle une jeune anglaise banale ? Coucou aux parents, à la famille qui est venue voir fifille faire la folle jusqu'en Espagne. D'ailleurs, la jolie organiste blonde qui semble sortir du Conservatoire avec sa robe de soirée fait elle aussi un bonjour à ses parents au balcon... On n'est pas à un concert de rock, là, ce soir, si ? Et puis, amener ses parents à notre deuxième rendez-vous, elle exagère un peu, Florence, non, vous ne trouvez pas ? Ceci dit, moi, ce qui me gêne le plus, c'est quand Florence nous fait la braillarde, les bras grands écartés comme à la proue du Titanic : moi, j'ai des remontées d'acide gastrique en cauchemardant sur une Canadienne gueularde et populaire... Est-ce ce genre de destin qui attend notre sorcière bien aimée ? Non, non : arrive The Drumming Song, l'un des sommets de l'album, et du concert ce soir, et sous les percussions qui déferlent, Florence devient caisse de résonance de toutes nos douleurs, nos tortures. Quand elle se contorsionne, en transe, ce n'est plus ridicule, c'est magique. Et ça continue, toujours aussi sublime, avec Cosmic Love, la transe revient totale, c'est pétrifiant d'un seul coup, et je réalise pourquoi la presse anglaise parle de "prestations scéniques exceptionnelles" à son propos : devant nous, il se passe quelque chose, Madrid retient son souffle, puis les gens se mettent à hurler, une vague d'hystérie déferle un court instant. Florence en est le médium, c'est une chose rare que d'assister à ça, oui, oui... Ce qui est drôle, c'est que presque immédiatement, alors que la chanson se poursuit, Florence recule, elle brise la transe, alors que tous les regards sont fixés sur elle, ceux de ses musiciens comme ceux du public : comme si elle s'excusait, elle fait un petit signe ironique... elle est allée trop loin, là où la musique devient si puissante qu'elle est dangereuse. On ne l'y reprendra plus de tout le reste de la soirée, qui restera désormais dans les limites du spectacle bon enfant.

Une heure a passé, on finit par une version torrentielle du magnifique Dog Days, mais alors qu'une nouvelle extase se pointe, Florence en fait trop : elle organise un pogo géant dans la salle, on n'est plus dans un bal des sorcières, on est au cirque. Dommage... De jeunes Anglaises profitent du chaos général qui s'ensuit pour se glisser au premier rang, alors que de nombreuses personnes perdent pied. Moi, je suis cramponné à ma barrière, et je ne vais pas abandonner Florence sans combattre. C'est la pause avant le rappel, qui se déroulera de la manière la plus conventionnelle qui soit : Got The Love pour considérer un avenir de diva soul et faire plaisir à la frange la plus "pop" du public, puis un Rabbit Heart que tout le monde chante en chœur, oui, le crique continue, la magie puissante ne reviendra plus. Une heure quinze ou presque, Florence est en train de devenir une star, même si je suis incapable de prévoir ce qui va se passer pour une jeune femme aussi... différente, aussi... étrange.

Encore titubant au milieu de cet étrange sentiment d'hystérie surnaturelle, je me dirige vers le stand de merchandising, au milieu duquel je repère la superbe Sian : bon, mon choix est vite fait, je laisse Florence à ses sorcelleries, et je vais plutôt converser avec cette jeune londonienne timide qui a monté un groupe et qui se désespère ce soir de la fin d'une tournée magique qui l'a vue se faire acclamer par des foules à travers l'Europe. En vieux sage (que je ne suis pas), je lui explique que j'écoute du rock depuis plus de 35 ans, et que je suis toujours heureux, et touché, de voir de jeunes artistes comme elle qui prennent ainsi la route, le chemin le plus escarpé pour défendre leur musique. Elle me dessine un cœur sur la pochette de son CD, je lui souhaite bonne chance, et je sors sans me retourner dans la nuit froide. J'ai tout oublié de mon rendez-vous avec Florence, je ne regrette pas de n'avoir toujours pas compris QUI était "la machine", mais je suis enchanté ce soir d'avoir, encore une fois, constaté de visu que la femme est l'avenir du rock. »







photos de eric
 

Florence + the Machine  est le nom de scène de Florence Welch en collaboration avec d'autres artistes qui font la musique derrière sa voix. Musicalement, on classe Florence and the Machine dans la catégorie soul et indie. Florence and The Machine a été très bien accueilli par les médias britanniques, surtout par la BBC. Le premier album, Lungs est resté numéro 2 (derrière Michael Jackson) dans les charts pendant 5 semaines et il a été le vainqueur du BRIT Award 2009 dans la catégorie Critics' Choice.

(http://www.myspace.com/florenceandthemachine)




  




    •    Nightsong 7" (2007)
    •    Remix 12" (2008)
    •    The Dusk Line EP (2008)
    •    59.59 (2008)
    •    Troubled, Shaken, Etc. (2009)

2009 - Lungs - July 9th, 2009




Florence (Welch) : Vocal, Percussions
+ The Machine :
Robert Ackroyd  : Guitar
Christopher Lloyd Hayden : Drums
Isabella Summers : Keyboards
Tom Monger : Harp









01. Howl (Lungs - 2009)
 02. Kiss With a Fist (Lungs - 2009)
   03. Hurricane Drunk (Lungs - 2009)
04. My Boy Builds Coffins (Lungs - 2009)
    05. Between Two Lungs (Lungs - 2009)
06. Hardest Of Hearts  (Lungs - 2009)
  07. Drumming Song (Lungs - 2009)
   08. Cosmic Love (Lungs - 2009) 
  09. Blinding (Lungs - 2009)
        10. Ghosts (Demo)
    11. Dog Days Are Over (Lungs - 2009)

    Encore

    12. You've Got the Love (The Source Cover)
13. Rabbit Heart (Lungs - 2009)






La durée du concert : 1h15

AFFICHE / PROMO / FLYER























mercredi 24 février 2010

FLORENCE + THE MACHINE ~ Le Bataclan. Paris.












Opening : SIAN ALICE GROUP



Ce qu’en a pensé Vik :

« Florence And The Machine… ou Florence + the Machine… ou plus simplement Florence… ce nom est sur toutes les lèvres. Pourquoi ? Parce que cette jeune femme a quelque chose de spécial : une crinière rousse flamboyante, une beauté à couper le souffle, le charisme et le talent d’une étoile montante, et une voix... les critiques anglais sont à ses pieds, et Florence + The Machine est la révélation la plus attendue à Paris, en ce mois de février 2010. Un premier album mystique chanté à pleins poumons, avec beaucoup de harpe et de tambours, une pop typique à la Regina Spektor, un rock indie contaminé par la soul, et du rock gothique teinté de folk. Même si elle a explosé en quelque mois en partie grâce au marketing de sa maison de disque,  Islands (la couverture en août 2009 de Q Magazine et du NME, un Brit Award), Florence reste une voix hors de commun, sur un disque qu’on peut écouter en boucle sans se lasser... D’accord, j’y trouve les influences de Cocteau Twins, d’Annie Lennox, de Kate Bush, de PJ Harvey, de Natasha Khan, de Fiona Apple, de Siouxsie, de Shara Worden (My Brightest Diamond), d’Alanis Morissette ou encore de Tori Amos, mais c’est facile d’en tomber amoureux, et ce dès la première écoute... il suffit une chanson, par exemple un blues épique comme Girl With One Eye. En écoutant « Lungs », l’album produit par James Ford (Klaxons et Arctic Monkeys) et Paul Epworth (Bloc Party), on comprend clairement pourquoi Florence a réussi son pari. Sa caractéristique principale est sans aucun doute sa voix, puissante et viscérale, mais qui révèle une douceur unique. Excentrique ? Certainement, mais vous ne devez pas la manquer en concert, car c’est une pure magie.  L’amour existe, et il s’appelle Florence : Paris aussi est plein d’amoureux. Le Bataclan affiche complet depuis plus de trois mois pour le concert de ce soir, alors que Paris reçoit pour la troisième fois, les bras grands ouverts, ce dernier phénomène du rock alternatif… Bravant le froid, les fans sont venus même de l'étranger. C’est un plaisir de la retrouver sur scène, ne serait-ce que pour un regard ou un sourire fugitif, des fleurs à la main. Dès l’attente, je remarque que la salle va être pleine d'un public français et anglais largement féminin, qui, déchaîné et prêt à chanter, va se placer dans les premières rangées.

19h55 : Sian Alice Group assure le démarrage de la soirée, devant une masse compacte des jolies jeunes filles avec les cheveux roux, qui n’ont un seul mot à la bouche : « Florence ». Leur set ne durera que 25 minutes, avec seulement 6 chansons, mais montrera que ce groupe à des qualités certaines. Trio anglais considérablement élargi à un quintette, le groupe s'articule autour de la figure de Sian Ahern, de sa voix délicate et discrète sur une musique hypnotique, expérimentale, post punk, avec un fond d’électro dans un univers désorienté. Le groupe produit un son qui évoque un psychédélisme qui se renouvelle au milieu d’un chaos sismique, intégrant en particulier les années sonores 60s, au sein de la douceur et de la violence des chansons (…sans parler de la très belle leçon de l'électronique des  années 80 !). Sian, silhouette légère, pâle sous sa mèche couleur corbeau, habillée en noir, une crinière noire sur les épaules, semble presque une sirène gothique. Avec son tambour à ses côtés... il y a un peu là une évocation de Florence elle-même… mais je confirme que la comparaison n'est pas très flatteuse. Voici un groupe qui a quand même peu de chances d’entrer dans la liste de mes artistes préférés, mais je l’ai respecté : une bonne performance…


21h02 : Avant même que les lumières de la scène ne s'allument en éclipsant les autres, on savait déjà qu’on aller assister à quelque chose de spécial. La présence, inhabituelle dans un concert de rock, d’une harpe, démontre bien que le son du groupe reste vraiment une nouveauté dans la scène alternative. A l'entrée des musiciens du groupe (guitare, batterie, synthé et harpe), vêtus de noir, le rugissement du public se déclenche, tout le monde réclame haut et fort Florence Welch, l'âme de Florence + the Machine, en frappant des mains au rythme de la chanson Dog Days Are Over. Du fait de la quantité de fleurs qui se glissent dans tous les coins de la scène, sur la batterie, sur les amplis, sur les tambours, le clavier, même sur le pied du micro...  on respire un parfum envoûtant, qui ouvre les portes de notre fascination envers un Eden féerique. Puis les lumières de la salle s'éteignent, et c’est un nouvel éclairage, avec quelques guirlandes électriques qui visent à créer un climat magique. Florence, elle, vient sur le devant de la scène, tout sourire, triomphale, les cheveux relevés et dans une tenue de vestale grecque en soie blanche, très glamour (une tenue transparente, avec l'éclairage en contre-jour, et il est impossible de ne pas constater que Mère Nature a été très généreuse avec elle… et pas seulement en terme de voix !). Pieds nus, elle lance quelques roses rouges au public en guise de bienvenue à cette soirée. L’attirance magnétique qu’elle provoque, son innocence enfantine, sa crinière rousse, sa voix charmante, tout cela suffit pour nous faire oublier tout le reste, y compris The Machine qui l’accompagne et le pied du micro au centre de la scène, qui ne fera d’ailleurs pas grand usage par la suite.  Le groupe démarre, le son de la harpe et les percussions introduisent la première chanson de ce show tant attendu, Florence prend son micro, et sans s’arrêter, commence par la balade folk My Boy Builds Coffins. On ne voit qu'elle et on n'entend qu'elle... « One for me too, One of these days he'll make one for you ». La transe s'empare de l'auditorium. Avec le second morceau, Kiss With a Fist, le premier single punk-rock de l’album, on retrouve immédiatement la fureur de la guitare et de la batterie, et l'adrénaline monte, si nécessaire à un bon début de concert. Hurricane Drunk a un refrain frais et un solo de harpe qui vous prend à la tête comme une maladie contagieuse. Sur la scène, il y a ce grand tambour au centre, utilisé par Florence d’une manière très cinématographique, sauvagement frappé la plupart du temps avec l'intention de provoquer une réaction de la part du public. Il y a aussi cette grande harpe, à gauche, dont le son se distingue de temps en temps, en introduction des chansons ou durant les moments plus calmes du spectacle. Il y a une volonté de créer simplement une atmosphère plus intime, mais en réalité les cris des adolescents dans la fosse font facilement comprendre qu’il s'agit d'un spectacle rock d’une vraie puissance commerciale.

Il y a un ange qui danse devant nos yeux, une chevelure rouge à la teinte douce sur un visage typiquement anglais, blanc, pâle, et il est impossible de détourner le regard de cette masse de cheveux qui suit les mouvements du reste du corps de Florence, qui flotte devant de la scène comme un effet spécial. Cela donne le ton, et cela dicte le rythme du concert, quand arrive la chanson Between Two Lungs et son charme celtique… Ce soir, le climat d’épilepsie est de rigueur. La foule est entraînée par la voix magique. Le rythme explose. Florence est une baguette de sorcier qui frappe le tambour solitaire à ses côtés, comme pour rappeler son passé de batteuse. Derrière elle, le backing band est très professionnel.  Arrive une Drumming Song qui écrase tout, c’est une danse tribale renforcée par le son de tambours, elle a ce soir une puissance bien supérieure à celle de l’album. Chaque chanson est un hit : Cosmic Love avec le son délicat de la harpe, Blinding où elle frappe avec frénésie le tambour, le grand Howl où elle laisse éclater sa voix,... et même l’excellente Hospital Beds, une reprise de Cold War Kids. La magie de Florence est bien là ce soir, avec sa vivacité saisissante et son charisme incroyable. Elle nous tient, il est impossible d’y échapper, ses cheveux nous attirent comme un aimant. Elle exsude une joie qui se transmet à tous à travers ses chansons, une folie géniale qu’on ne peut pas arrêter et une énergie qui balaye tout sur son passage : elle saute, telle un elfe, d'un côté à l’autre de la scène, bouge les bras dans une chorégraphie improvisée mais toujours différente, elle tourne sur elle-même, crie et secoue sa longue chevelure. Pendant tout ce temps, sa voix, douce et violente, ne souffre pas la moindre défaillance, et montre une puissance incroyable dans les aigus, face à un public en délire complet. Le titre de l'album « Lungs » (en français "poumons") ne pouvait pas être mieux choisi pour définir la chanteuse. La foule est ensorcelée et Florence la tient serrée dans son poing. Au début, elle semblait presque étourdie par la chaleur des gens, mais ça n’a duré qu’un instant. Immédiatement, elle a commencé à interagir avec le public, faisant preuve d’une énergie inépuisable : elle remercie, salue de quelques mots en français « Bonjour Paris, ça va ? Ok », elle boit un peu d’eau, elle rit et échange des messages d’amour avec sincérité « I love you, you are an amazing audience », elle se lance dans des plaisanteries pas toutes réussies, elle court, elle revient, elle s’approche du public et l’invite à chanter, à crier, à sauter à l'unisson. Les mains se lèvent pour applaudir, et la foule la suit, docile. Le son est bon, même si la musique est un peu trop faible quand la voix cristalline de Florence explose. La tentative habituelle de faire participer le public, déjà très impliqué, explose sur la mélodieuse Dog Days Are Over, dans une version cette fois dévastatrice sur des accords de harpe. Magnifique et puissante, la chanson ferme dignement le concert, tandis que Florence convainc, en franglais (« Allez, allez, Go, go »), ceux qui sont dans la fosse à sauter en rythme et à terminer l'exercice dans une frénésie de pogo.

La soirée n’est pas terminée, car il y a encore place pour une paire de chansons en rappel : que demander de plus ? La reprise de Candy Staton, You've Got The Love, libère une énergie incroyable, avant que le joyeux Rabbit Heart, si ensoleillé, parvienne à nous faire oublier pendant un instant qu’il s’agit du dernier morceau et de la fin du concert. Un tonnerre d'applaudissements suit, Florence est rayonnante... encore une ovation, des remerciements sincères et des salutations. Quelques poignées de main chaleureuses et Florence s’en va avec ses musiciens, triomphante et heureuse de ce public à ses pieds (nus), nous laissant lessivés avec nos roses rouges à la main.

Un seul mot, comme un cri, comme une déchirure du corps : Bravo !  L’excellente performance de ce soir a montré que la magnificence de l'album demeure en live, et que le talent de la jeune Florence est tout simplement exceptionnel : c’est une une révélation scénique. Il a suffit à Florence de 1h15 de concert (le temps de suivre les traces de « Lungs ») pour faire tomber amoureux d’elle tout le public du Bataclan, et pour prouver, sans aucun doute, qu’elle n’est pas une simple chanteuse (une de plus…), mais qu’elle est une rockstar à tous les égards, prête à poursuivre la tradition des grandes femmes rousses du Rock. Après cette soirée, on ne peut plus le nier… Le public a participé à toutes les chansons, même si la setlist n’a été que de 13 chansons… Et Florence, qui a ouvert en grand ses poumons, reste « la » révélation du 2009 : une déesse qui a seulement 23 ans. L'impression que j'avais retenue du disque est confirmée par la soirée : l'artiste existe. C’est grand : une voix flexible, puissante et ferme, chaude et souple, une jeune femme qui maîtrise la scène comme il est difficile d’en voir à son âge et pour sa première grande tournée. Le groupe (The Machine) reste cependant tout à fait anonyme, voire parfois même ennuyeux sur certains morceaux. La présence envahissante des synthés pèse sur la plupart des chansons, en en normalisant malheureusement les tonalités différentes. Une petite déception quand même : elle n’a pas jouée ma chanson préférée, Girl With One Eye, mais tant pis ! J’ai eu l'impression d'être au bon moment, au bon endroit, devant un événement d’envergure.

Dehors, l’air est frais et parfumé comme les roses qu’elle nous a données il y a 1 heure environ... L’enseigne “Florence + The Machine” sur le fronton du Bataclan illumine le quartier.


...I'll cut your little heart out cause you made me cry
You made me cry
You made me cry »






photos de alain g




 (http://www.myspace.com/sianalicegroup)


 Florence + the Machine  est le nom de scène de Florence Welch en collaboration avec d'autres artistes qui font la musique derrière sa voix. Musicalement, on classe Florence and the Machine dans la catégorie soul et indie. Florence and The Machine a été très bien accueilli par les médias britanniques, surtout par la BBC. Le premier album, Lungs est resté numéro 2 (derrière Michael Jackson) dans les charts pendant 5 semaines et il a été le vainqueur du BRIT Award 2009 dans la catégorie Critics' Choice.

(http://www.myspace.com/florenceandthemachine)



    •    Nightsong 7" (2007)
    •    Remix 12" (2008)
    •    The Dusk Line EP (2008)
    •    59.59 (2008)
    •    Troubled, Shaken, Etc. (2009)

2009 - Lungs - July 9th, 2009







Florence (Welch) : Vocal, Percussions

+ The Machine :
Robert Ackroyd  : Guitar
Christopher Lloyd Hayden : Drums
Isabella Summers : Keyboards
Tom Monger : Harp









   01. My Boy Builds Coffins (Lungs - 2009)
 02. Kiss With a Fist (Lungs - 2009)
   03. Hurricane Drunk (Lungs - 2009)
    04. Between Two Lungs (Lungs - 2009)
  05. Drumming Song (Lungs - 2009)
   06. Cosmic Love (Lungs - 2009) 
  07. Blinding (Lungs - 2009)
08. Ghosts  (Lungs - 2009)
        09. Hospital Beds (Cold War Kids Cover)
10. Howl (Lungs - 2009)
    11. Dog Days Are Over (Lungs - 2009)

    Encore

    12. You've Got the Love (Candy Staton Cover) (Lungs - 2009)
13. Rabbit Heart (Lungs - 2009)






La durée du concert : 1h15




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